• Thu, 15 Nov 2018
  • 02:38

Climat préélectorale tendu : la Lucha mobilise la rue contre la machine à voter

À Kinshasa, les militants de Lucha (Lutte pour le changement) ont effectué la marche du Rond point Kin-Mazière jusqu’au siège de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

La tension monte d’un cran à trois mois de la date fixée pour les élections. Et ce sont les mouvements citoyens qui donnent le ton pour la pression ultime contre l’usage de la machine à voter imposée à la place du vote manuel.  Des manifestations ont été organisées à Kinshasa et dans d’autres chefs-lieux des provinces. Bilan : des blessés et des interpellations.

À Kinshasa, les militants de Lucha (Lutte pour le changement) ont effectué la marche du Rond point Kin-Mazière jusqu’au siège de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Ils scandaient des slogans contre la machine à voter.

Des interpellations ont été observées. La police indique avoir relâché 27 militants arrêtés devant le siège de la Céni. Ils ont été en détention pendant plus d’une heure au commissariat provincial de la police.  «Nous les avons prodigué des conseils avant de les libérer. Ce sont des jeunes gens qui troublaient seulement l'ordre public », a fait savoir le Commissaire provincial de la police de Kinshasa, le général Sylvano Kasongo.

Ce dernier a précisé que la manifestation de la Lucha n’était pas autorisée par l’autorité urbaine.

Des blessés signalés à Goma et Bukavu

Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la mobilisation a résulté une véritable tension. La Lucha rapporte plusieurs de ses militants sont blessés et d’autres arrêtés dans les villes de Goma et de Bukavu.

« La police a arrêté la marche au niveau de l’ULPGL et littéralement frappé les manifestants pacifiques à l’aide de bâtons et de crosses d’armes. Au moins cinq blessés graves viennent d’être admis à l’hôpital Heal Africa. Plus loin au siège de la Céni, la répression s’est poursuivi », peut-on lire dans le tweet de la Lucha.

Chargé du monitoring au sein du mouvement,  le militant Gloire Wanza a condamné « ces actes » qu’il qualifie de « barbares » de la part de la PNC. « Nous restons mobilisés pour dire non à la machine à voter imposée par Kabila et sa Céni », a-t-il déclaré.

Dans la ville de Bukavu, des témoins affirment que la Police a fait usage de gaz lacrymogènes.

À Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, la manifestation anti-machine à voter a été dispersée par la police sans incident majeur. « Il n’y a pas eu d’arrestation », a déclaré un militant.

À Kananga, la Céni réceptionne le memo de la Lucha

À Kananga au Kasaï Central, les militants de la Lucha ont bravé l’interdiction du maire de la ville en manifestant dans la rue contre la machine à voter.

Pour y arriver, les activistes de la Lucha ont déjoué l'imposant dispositif de la police placé dans des principaux points de rassemblement.  Ils ont emprunté le rond point Elf, tenant banderoles et calicots à la main. Ils se sont dirigés vers la  Céni sans bruit et accompagnés par plusieurs dizaines de curieux.

Accueillis à l'entrée des installations de la Céni par le commandant de la police chargé de la sécurité du bâtiment, ils ont pénétré les installations et se sont mis par terre, bras accrochés les uns les autres.

Arrivé sur place, le commissaire provincial de la police/Kasaï Central, a essayé sans succès de convaincre les militants de la Lucha de quitter les installations de la Céni. Finalement, le secrétaire exécutif provincial de la Céni, Joseph Mputu Ilunga, est arrivé et a réceptionné le mémorandum des militants.

Dans ce document, le mouvement citoyen exige la mise à l’écart de la machine à voter et l'extirpation de 16% des électeurs sans empreinte digitale. Après avoir introduit leur mémorandum, les militants  se sont dispersés dans le calme sous les klaxons des motos-taxis.

Pour rappel, l’absence de la fiabilité du courant électrique à Kinshasa et plus encore dans l’arrière-pays et un manque plus grand encore d’expérience informatique dans les zones rurales où vivent la majorité des Congolais, alimentent la polémique sur l’usage de la machine à voter.

Pour la Céni, la machine à voter, rebaptisée « machine à tricher » par les opposants, permet de diminuer le coût des élections avec la suppression de la dépense que constitue l’impression des bulletins de vote.