• Wed, 14 Nov 2018
  • 01:56

Machine à voter, décrispation politique : les recommandations du CNSA mises au placard

Déjà en juillet dernier, le constat du CNSA était particulièrement inquiétant. Il alertait sur la nécessité du consensus politique autour de la machine à voter.

À trois mois du passage par les urnes suivant le chronogramme de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), les préoccupations majeures soulevées par le Conseil national de suivi de l’Accord et du processus électoral (CNSA), en son temps, constituent aujourd’hui l’essentiel des préalables de l’Opposition. Il s’agit notamment du rejet de la machine à voter imposée par la Céni en violation de la loi électorale ; du nettoyage du fichier électoral afin d’identifier et extraire les plus ou moins dix millions d’électeurs enrôlés sans empreintes digitales ; la mise en œuvre immédiate des mesures de décrispation politique conformément aux dispositions de l’Accord de la Saint-sylvestre (libération des prisonniers politiques, le retour des personnalités politiques exilées, notamment les cas emblématiques traités dans le rapport sur la décrispation politique conduit par les évêques de la Cénco…)

Et pourtant, si le CNSA jouissait de toute sa considération de la part du pouvoir en place et la Céni, dans l’évaluation du respect de l’accord de la Saint-sylvestre, la menace qui pèse ce jour sur le processus n’existerait pas.

Pour rappel, déjà en juillet dernier, le constat du CNSA était particulièrement inquiétant. Sans ambages, le président de cette institution d’appui à la démocratie alertait les uns et les autres sur la nécessité du consensus politique autour de la machine à voter. Un outil qui est loin de faire l’unanimité au sein de la classe politique.

Dans son appel, du reste, non entendu, la question de la décrispation politique devenait un impératif pour des élections apaisées et inclusives. Joseph Olenghankoy qui avait vu juste, pressentait comme tous les autres acteurs avisés, le risque de dérapage électoral avec un décor réel de contestation à cause de l’absence du consensus politique autour de la machine à voter, l’existence des 16% d’enrôlés sans empreinte digitale, la non libération de certains prisonniers d’opinion et amnistiés…

Sa prise de position courageuse au nom de son institution dont le seul but est justement de vérifier le respect de l’accord de la Saint-sylvestre pour la bonne tenue d’élections crédibles, démocratiques et inclusives, n’a jamais été prise en compte par le pouvoir en place et la Céni. Ce qui amène à croire que le gouvernement et la Centrale électorale s’obstinent à organiser les élections comme ils l’entendent !

Aujourd’hui, l’alerte de Joseph Olenghankoy n’a rien de différent aux préalables soulevés par les leaders de l’Opposition qui ont encore démontré sur la face du monde la capacité de mobilisation de la population, avec le meeting organisé à Kinshasa, samedi 29 septembre. Si la voix du CNSA avait été entendue, ce serait l’ensemble du processus qui allait être recadré aussi bien sur les règles de jeu que sur le plan financier, technique et sur le terrain, etc.

Entretemps, la tension préélectorale monte davantage avec ce que certains acteurs qualifient d’injustices sur les listes définitives des législatives nationales. À Lodja, tout comme à Goma, les candidats députés nationaux du Rassemblement-Kasa-Vubu ont été retirés de la course. « Des manœuvres sont faites pour placer qui ils veulent », dénoncent les avocats-conseil du Rassop. Ces derniers estiment que les publications des listes dans certaines parties du pays sont retardées à dessein. Une accumulation des frustrations qui n’augurent pas un lendemain meilleur pour le processus.